Michel Desjoyeaux a eu chaud ! Trente-six heures après lui, un skipper invisible a franchi la ligne d'arrivée. Il s'agit du Rennais Hugues Fournier, vainqueur du jeu Virtual Regatta. Portrait d'un marin pas comme les autres.À l'arrivée, il n'y avait personne pour l'accueillir et pour cause... Quand Hugues Fournier, 31 ans, ingénieur de son état, a franchi la ligne en grand vainqueur, il était chez lui à Bruz. C'est de là qu'il a surfé sur la toile pendant 85 jours 19 heures et quarante-cinq secondes. Son voilier baptisé Inderwelstein a parcouru 26.994,2 milles à la vitesse moyenne de 13,1 noeuds. Plus rapide que le Foncia de Desjoyeaux. Comme lui, ils étaient plus de 320.000 à régater sur le jeu en ligne Virtual Regatta, sorte de Vendée Globe pour marins d'eau douce. D'ailleurs, Hugues est un marin d'eau douce. « Oui, j'ai commencé la voile à 7 ans sur un plan d'eau en Mayenne ». « Et en Optimist uniquement », précise ce garçon très discret, surdoué de l'informatique (il est développeur dans le domaine des logiciels libres, NDLR), qui s'est piqué au jeu comme ça. « Juste pour voir ce que je valais », avoue-t-il. Alors, il a commencé timidement dans l'Atlantique avant de s'y mettre sérieusement à hauteur de la Nouvelle-Zélande. « J'ai toujours été dans les 100 premiers ». Son secret ? Il n'en a pas. « Je me suis simplement appliqué à soigner ma vitesse et mon cap ».
Le coup de bol des AçoresSon voilier virtuel, il lui consacrait quatre heures par jour. Deux heures à midi, deux autres le soir. Parfois jusqu'à 1 h du matin. « Je suis un peu insomniaque, donc ça ne me gênait pas de me lever toutes les quatre heures pour régler mon cap. J'ai aussi la chance de travailler à la maison... ». Au cap Horn, il était 17 e mais il a bien cru que tout était fini dans le Pot au noir où il admet avoir pris une « mauvaise option ». Fort heureusement, l'anticyclone des Açores l'a remis dans le jeu : « Un vrai coup de bol », selon le Rennais, qui a triomphé avec plus de 80 milles d'avance sur le second. « Je suis content d'avoir gagné mais le jeu était assez simple en fait... ». On connaît pourtant quelques skippers pros qui s'y sont cassé les dents ! Et contrairement à certains bateaux, qui étaient menés par deux, voire trois personnes, Hugues a joué seul. Sans acheter les réglages automatiques. Tout juste s'est-il amusé à aller surfer sur des sites météo très pointus. Hugues a, à présent, raccroché son ciré mais la course continue néanmoins pour lui. Aujourd'hui, il monte à Paris pour y rencontrer les médias. « Franchement, je ne pensais pas que ma victoire allait faire autant de bruit, s'étonne-t-il. Ce n'est qu'un jeu en ligne ! ». Un jeu en ligne qui peut rapporter gros car si le vrai vainqueur du Vendée Globe a empoché la coquette somme de 150.000 €, le gagnant de Virtual Regatta va bientôt recevoir un chèque de 10.000 €. Pas mal pour quelqu'un qui jouait « juste pour le plaisir ».
Un autre Breton sur le podiumÀ la barre de facealamer-immo, Hervé Lurton a terminé 3 e sur Virtual Regatta. Cet agent immobilier à Saint-Pierre Quiberon (56) possède un CV nautique impressionnant : Sport-études voile, membre de l'équipe de France de Tornado, sept transatlantiques.