À l'heure où les moyens de lutte antipollution français fêtent leurs trente ans d'existence, les spécialistes du Ceppol sont loin de crier victoire. Les nouvelles menaces sont aussi visqueuses qu'innombrables.La catastrophe de l'Amoco Cadiz a entraîné la création de « la » Ceppol, comme on disait à l'époque. Depuis, l'organisation, les moyens et les techniques d'intervention se sont sans cesse améliorés. Mais l'amplification du trafic maritime et l'augmentation de la taille des navires ont, en même temps, renforcé le niveau de la menace.
Des milliers de petits pétroliers en puissanceAuparavant, seuls les bâtiments transportant des hydrocarbures ou des produits chimiques constituaient un danger de pollution maritime majeur. Aujourd'hui, les cargos et les porte-conteneurs géants transportent dans leurs soutes autant de carburant qu'un pétrolier de la taille de l'Erika (40.000 t). Ces monstres des mers capables de transporter jusqu'à 15.000 conteneurs, véritables petits pétroliers en puissance, sont soumis aux cadences infernales imposées par le marché. En plus de constituer une menace de pollution par hydrocarbures, ces porte-conteneurs, qui accumulent jusqu'à sept étages de boîtes empilées les unes sur les autres, deviennent de vrais cauchemars à traiter lorsqu'ils arrivent à la côte. On a vu les interminables opérations (plusieurs mois de travail) autour du Rokia Delmas (185 m), échoué devant l'île de Ré. Récupérer les hydrocarbures mais aussi les conteneurs (constituant au moins un danger pour la navigation) fait partie des missions régulières des équipes déployées par le centre d'expertises pratiques de lutte antipollution (le Ceppol d'aujourd'hui).
Navires chinois, gaziers et chimiquiers géantsAutre menace grandissante : l'arrivée sur le marché de navires construits en un temps record par les chantiers chinois, dans des chantiers et par des architectes pas toujours reconnus et surtout, à l'aide d'acier de seconde qualité. Tout neufs, ces « bateaux Kleenex chinois » ne posent pour le moment, « globalement », pas de problème, mais qu'en sera-t-il dans dix ou quinze ans, alors qu'ils auront changé deux ou trois fois de propriétaires ? D'autres spécialistes évoquent les recherches développées par certains motoristes asiatiques travaillant sur des machines capables de brûler du carburant encore plus basic (moins cher) mais aussi beaucoup plus visqueux et difficile à pomper ou à récupérer en cas de naufrage. Autre source d'inquiétude : on ignore toujours les effets d'une pollution à grande échelle au gaz liquéfié.
Et la spectaculaire augmentation de la taille des gaziers et des chimiquiers n'est pas là pour calmer le jeu.
Pratique Le Ceppol est soutenu chaque année, à hauteur de 1,4 M€ (fonctionnement, matériel, formation). Deux navires d'intervention, l'Argonaute et l'Alcyon, sont basés à Brest. L'Ailette et la Carangue assurent la mission à Toulon.