La Jeanne-d'Arc achève la moitié de sa campagne, la 43 e . Partie le 16 février de Rio, elle arrive demain sur la côte ouest de l'Afrique. Le commandant Hervé Bléjean fait le point.Que retenez-vous de ces deux mois et demi de campagne ?
En premier lieu, la grosse activité du bord. Chaque journée génère son lot de manoeuvres et d'exercices. Nous tirons à la mer au moins une fois par jour. Les quatre hélicoptères ont accumulé depuis le départ 250 heures de vol. Le rythme est soutenu. L'activité se poursuit quel que soit l'état de la mer, à l'exception de la nuit de Noël où les conditions étaient si dures, entre Brest et New York, que nous avons dû tout suspendre. Une vraie leçon d'humilité pour tous les marins, jeunes et anciens.
Quels en ont été les moments marquants ?
Les exercices avec les autres navires militaires et le formidable accueil qui nous a été réservé à New York et à Fort-de-France, sans oublier la visite du professeur Cabrol pour le 40 e anniversaire de la première greffe du coeur. La distribution de la dizaine de milliers de livres que nous transportions pour les enfants du Bronx a littéralement créé l'événement dans une ville où il se passe pourtant tous les jours des choses très fortes. Les marins de la Jeanne n'ont pas hésité à se promener dans New York en uniforme où ils étaient souvent abordés et félicités.
Vous étiez aussi très attendus aux Antilles...
En une seule journée, ce sont pas moins de 4.300 visiteurs que nous avons accueillis à bord. On n'avait jamais vu une telle affluence et un tel intérêt pour le bateau où nous avons d'ailleurs battu le record de fréquentation.
Comment se porte l'équipage ?
Plutôt bien, même si la fatigue commence à se faire sentir, deux mois et demi après notre départ. Le moral est bon. Pas de gros soucis médicaux, à part deux interventions chirurgicales légères (dont une au moment où je vous parle). Et puis, la vie qui suit son cours à terre avec son lot de joies (une naissance) et de coups durs avec cinq marins qui ont dû rejoindre la métropole après le décès de l'un de leur proche. Ils regagnent le bord en général à l'escale suivante.
Et la mécanique ?
Nous nous attendions à des problèmes de production de notre électricité. Nous les avons eus. La distribution électrique et nos fameux turboalternateurs ont donné du fil à retordre à nos équipes qui n'ont pas ménagé leurs efforts entre Brest, New York et Fort-de-France, avec un incident pratiquement tous les jours. Mais cela va mieux depuis les Antilles. Et le bateau se porte plutôt bien. On s'y emploie tous les jours.
Madagascar et Egypte plutôt que Kenya et Turquie
Les tensions en Afrique et les liens distendus avec la Turquie ont quelque peu modifié le programme de la Jeanne et du Georges-Leygues. Que les familles se rassurent ! L'escale du Cap, en Afrique du Sud, exactement située au milieu de cette campagne de six mois, est bien maintenue. Après Luanda en Angola, les deux navires continueront à descendre le long des côtes de l'Afrique de l'Ouest pour atteindre Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud, avec laquelle la France entretient de solides partenariats et projets économiques. Moment de retrouvailles pour certains, du 12 au 19 mars. Fin mars, le navire fera relâche à Mayotte avant de rejoindre non pas Mombasa comme précédemment programmé mais Antananarivo, à Madagascar. Les tensions au Kenya n'auraient pas permis une escale en toute sécurité, les marins ne pouvant probablement se déplacer très au-delà du port. « On ne perd pas au change à Madagascar quand on connaît l'attente et l'accueil extraordinaire de ses habitants », estime le commandant Bléjean. Autre modification, l'escale d'Istanbul annulée pour refroidissement politique entre Paris et Ankara. Les deux navires relâcheront plutôt à Alexandrie, en Egypte.