Malgré son triste état, la Calypso, navire mythique qui mena le commandant Cousteau sur tous les océans du globe, a fait l'objet de bien des soins, ces derniers jours. Car un nouveau voyage l'attend, après des années d'immobilité. 180 milles, entre La Rochelle et Concarneau, où le bateau est attendu samedi pour être confié aux bons soins de la FCRN. Objectif pour Francine Cousteau : « Protéger la Calypso pour 200 ans »
Sur les quais de La Rochelle, personne ne semblait y croire, compte tenu de son état. Et pourtant, la Calypso reprendra bien la mer, demain à l'aube, pour mettre le cap sur Concarneau. Certes, le risque était grand. Mais tout a été fait pour que le bateau accomplisse le voyage dans les meilleures conditions. « C'est l'arrière qui est le plus fatigué », note Patrice Quesnel, membre de l'association propriétaire du bateau, l'Équipe Cousteau, et chargé du suivi de l'opération. « On a doublé la coque avec du contreplaqué et le bateau a été parfaitement étanchéifié. Des traverses ont été posées pour éviter tout risque d'écartement, et on a posé des câbles en croix autour de ces traverses ». Des travaux réalisés par la Finistérienne de Construction et de réparation navale (FCRN), filiale des chantiers Piriou de Concarneau, et les Charpentiers de Marine de Douarnenez.
Départ demain
C'est demain, à 4 h 45, que le navire doit appareiller. Remorquée par l'Hercule et suivie de près par un bateau accompagnateur, la Calypso embarquera également trois pompes, au cas où... « On a toujours un peu peur que le bateau n'arrive pas à bon port, remarque Patrice Quesnel. Mais tout a été fait pour que les conditions soient optima. Les charpentiers ont d'ailleurs confirmé qu'ils avaient convoyé des bateaux pires que celui-là ». Et Francine Cousteau de confirmer : « Quand tout a été fait, il y a un moment où il faut partir ».
« Ce bateau est un symbole »
Pour la veuve de Jacques-Yves Cousteau, l'enjeu est de taille. Héritière de la Calypso, au terme d'un long combat juridique contre d'anciens membres des expéditions du commandant, Francine Cousteau considère la restauration du navire comme un « devoir de mémoire ». « L'objectif est de protéger la Calypso pour 200 ans, dit-elle. Ce bateau est un symbole. Les générations futures doivent en profiter ». Mais de ses projets, on ne sait rien de plus. « Tout dépendra de l'expertise qui en sera faite une fois hors de l'eau. Depuis qu'il a été sorti du port de Singapour, où il avait fait naufrage, en 1996, il n'a jamais été remis au sec ». Et ensuite ? « On a plusieurs propositions », élude-t-elle. Certains ports, comme Toulon, se sont porté candidats pour accueillir le navire. Et La Rochelle ? « Je ne sais pas s'il y reviendra ».
« À Concarneau pour revivre »
Une discrétion qui reste également de mise, quant au budget global de l'opération. « Depuis qu'il a coulé, on a multiplié par trois le prix de son sauvetage, confie Francine Cousteau. Quand il sera à Concarneau, on ne sera pas loin de 400.000 € ». Une enveloppe à laquelle s'ajouteront bien sûr l'expertise et les travaux de restauration qui suivront. Un mécène privé et anonyme, qui « pense qu'il faut sauver la Calypso », soutient Francine Cousteau. Tout comme la Fédération française de plongée, qui pourrait « lancer une souscription pour restaurer tous les engins, à bord ». Pas question, dans ces conditions, de voir l'épave de la Calypso s'échouer à Concarneau, comme ce fut le cas à La Rochelle. « La justice m'a donné ce bateau. Il est de mon devoir de le réparer, lance ainsi l'héritière. S'il va à Concarneau, c'est pour revivre ».