Le 15 janvier 2004, Le Bugaled-Breizh sombrait en Manche, avec cinq marins à bord. Cinq ans plus tard, le combat des familles des victimes reste vain. Alors que l'hypothèse d'une croche avec un sous-marin est « hautement probable », le dossier s'achemine vers un non-lieu.Trois morts, deux disparus. Et énormément de questions sans réponse. Le drame du Bugaled-Breizh, ce chalutier de 25 m basé à Loctudy qui a sombré en moins d'une minute au large du Cap Lizard, continue de blesser les familles des victimes et, plus largement, le monde de la pêche. Alors qu'au lendemain du drame, les pouvoirs publics s'étaient empressés de défendre l'hypothèse d'une collision en mer - écartée dès juillet 2004 -, les familles des victimes, l'armateur et la communauté des pêcheurs avaient, de leur côté, désigné un coupable : un sous-marin pris dans les funes du chalutier. Principal élément à charge, l'organisation d'un exercice militaire naval de l'Otan, Awsex 04, prévu le 16 janvier dans la zone du naufrage avec la participation de submersibles alliés et, pourquoi pas, espions. Plus troublant, la presse révélera, quelques mois plus tard, qu'un second exercice de la Royal Navy, le « Thusday War », resté secret, avait lieu le jour du naufrage. Un premier secret, dans un dossier qui ne manque ni d'opacité ni de silences pesants. Depuis, les familles n'ont eu de cesse de défendre leur conviction.
Un SNA, mais lequel ?Face à eux, le procureur de Quimper, Anne Kayanakis, conclut en avril 2008 à « un accident de pêche ». Mais, le 31 juillet dernier, les juges Foltzer et Corre, en charge de l'instruction, rendent leurs conclusions : la croche avec un sous-marin nucléaire d'attaque est « la cause hautement probable du naufrage ». Ces SNA, seuls cinq pays, la France, l'Angleterre, les États-Unis, la Russie et la Chine en possèdent. M e Christian Bergot, avocat des familles et M e Christian Kermarrec, avocat de l'armateur, ont donc déposé des demandes d'investigations complémentaires, notamment pour demander aux marines concernées la position de leurs SNA le 15 janvier 2004.
Non-lieu ou nouvelles investigations ?Le 18 décembre, Mélanie Gehin, nouvelle juge d'instruction, opposait une fin de non-recevoir à cette demande d'actes supplémentaires. Expliquant qu'il « semble évident que l'État qui serait impliqué dans un tel drame, s'il n'a pas fait connaître son implication jusqu'à présent, se gardera bien de fournir les preuves de son implication à la justice française », il lui apparaît « sans espoir de persévérer dans les investigations lourdes et nombreuses qui ont déjà été mises en oeuvre dans ce dossier ». Les avocats ont donc fait appel auprès de la chambre de l'instruction, à Rennes, qui décidera de confirmer la décision du juge, et donc de prononcer un non-lieu en l'absence de coupable identifié, ou d'ordonner de nouvelles investigations. De son côté, le nouveau procureur de Quimper, Éric Tuffery, a lui aussi déposé ses conclusions. Transmises à la Chancellerie, elles devraient être communiquées dans quelques semaines. Mais rien ne laisse imaginer que les conclusions d'Éric Tuffery seront différentes de celles d'Anne Kayanakis, en avril dernier. La rentrée judiciaire quimpéroise, avec une nouvelle juge et un nouveau procureur, était très attendue par les acteurs du dossier Bugaled. Mais, avec le non-lieu qui se profile, ce changement aura surtout été signe de continuité.