Depuis une dizaine de jours, ils ont investi l'hôtel des Rives du Ter et la base des Défis à la base des sous-marins. L'équipe américaine BMW Oracle prépare, aux côtés de Franck Cammas, la prochaine Coupe de l'America. Avec eux, pas de place à l'improvisation.Le rendez-vous était fixé à 7 h 40, dans le hall de l'hôtel des Rives du Ter. Pas question d'être en retard, le planning est serré. En deux mots, la responsable communication de l'équipe explique qu'ils veulent bien jouer le jeu, à condition qu'on ne les dérange pas trop. Message reçu. 7 h 50, les couloirs du premier étage de l'hôtel s'animent. Sous les ordres de deux des trois préparateurs physiques, une partie des navigants se lance dans une longue chorégraphie, mélange de stretching et d'exercices de renforcement musculaire. En costume-cravate, un client sourit au milieu de tout ce petit monde, en short et tee-shirt.
Un poil en retard, Franck Cammas débarque. Parmi les beaux bébés du team BMW Oracle, il fait un peu freluquet. Mais, un quart d'heure plus tard, dans la piscine de l'hôtel, le skipper de Groupama n'a rien à envier à l'Américain John Kostecki, médaillé d'or aux JO de Séoul et vainqueur de la Volvo Ocean Race, ou à James Spithill, le surdoué australien. Dans les petites séries de sprints que l'entraîneur leur a concoctées, le Français se montre très à son aise.
Pendant ce temps-là, un second groupe mouille le maillot autour du Ter, dans une séance de footing.
Après les Suisses les Américains
8 h 30, direction le restaurant de l'établissement, pour un petit déj' copieux (lire ci-dessous). À l'accueil, Gérard Le Faouder, le patron des Rives du Ter, se réjouit de tant d'activité. Après avoir accueilli l'équipe suisse d'Alinghi, il reçoit, pour quinze jours, le syndicat américain. Une délégation de 32 à 38 personnes, composée essentiellement de Néo-Zélandais, d'Australiens et d'Américains. « Nous leur avons mis à disposition nos cuisines et notre espace forme. Ces types sont super-sympas ».
Budget XXL
Julien Di-Biasé est Suisse. Depuis deux ans, il travaille aux côtés de Russell Coutts, le patron néo-zélandais de l'équipe BMW Oracle. « Non je ne suis pas un espion pour le compte d'Alinghi », lâche, tout sourire, le benjamin de l'équipe. En mer, le gaillard est au piano, à terre il coordonne l'équipe. « Je gère les déplacements, les horaires d'entraînement, le logement pour les 31 membres du team, dont les seize navigants présents à Lorient ». Le reste de l'équipe est à Valence, en Espagne, lieu de la prochaine Coupe de l'America (en 2009), ou engagé dans différentes compétitions. Au total, BMW Oracle, c'est 190 employés, excusez du peu. Et le budget est à l'avenant, XXL. On n'en saura pas plus. Tout juste concède-t-il « que cette Coupe de l'America va nous coûter très cher, ne serait-ce que parce que nous allons construire au moins un trimaran ». Au moins un, mais peut-être deux.
Réglé à la minute près
9 h 30, direction la BSM et le bâtiment des Défis. Une heure plus tard, Groupama quitte son ponton pour un entraînement contre Banque Populaire. À terre, la pléiade d'ingénieurs analyse les sorties précédentes, pendant que les préparateurs physiques imaginent les prochaines séances de musculation. Ici, pas de place à l'improvisation. Tout est réglé à la minute près. Comme pour rattraper le niveau qui les sépare des Français, maîtres ès multicoques, les mercenaires du syndicat américain ont décidé de mettre le paquet.
Préparation physique : Un All Blacks chez les Ricains
La vie de groupe, il connaît. Pendant douze ans, il a partagé le quotidien des All Blacks. David, le Néo-Zélandais, était leur kiné jusqu'en 1999. Une époque révolue. Depuis, il a quitté les pelouses d'Auckland ou de Canterbury, temples du rugby kiwi, pour de nouveaux terrains de jeu.
Un nouveau challenge
Une première expérience avec Team New Zealand, syndicat engagé dans l'America's cup, et le voila engagé comme préparateur physique par l'équipe américaine. « La voile, c'était un nouveau challenge ». À Lorient, ils sont trois à préparer les séances de torture des voileux. « À nous de trouver pour chacun le bon équilibre entre puissance, endurance et force ».
Quelques heures passées aux côtés de l'équipe et on comprend rapidement que la préparation physique tient ici une place prépondérante. « C'est l'une de nos priorités », reconnaît David. « Pour participer à la coupe de l'America, il faut être fort, puissant et rapide. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes qualités que pour faire un tour du monde ». Alors, tous les matins, ils ont droit à une séance de gym ou de musculation. Rebelote l'après-midi après l'entraînement sur l'eau.
Rigueur scientifique
De ses années passées aux côtés du XV néo-zélandais, il a gardé une rigueur toute scientifique. La forme de ces athlètes-voileux se gère par logiciel interposé. Les paramètres de chacun sont suivis au plus près.
Hier matin, par exemple, avant d'embarquer sur Groupama, plusieurs d'entre eux ont dû monter sur la balance. Pas question de se laisser aller. Et comme si cela ne suffisait pas, on leur a mesuré leur indice de masse grasse.
Un régime
Tout le monde est soumis à un régime alimentaire (lire ci-contre). « C'est pour cela que nous avons fait venir un cuisinier. Il faut éduquer ces athlètes. C'est important qu'ils prennent de bonnes habitudes pour que, de retour à la maison, ils ne se laissent pas aller ».
Ils en sont persuadés, la coupe de l'America est à ce prix-là.
Cuisine : Le chef est Australien
En cuisine, sur les rives du Ter, c'est lui le chef. Ben Harland est Australien, c'est le cuisinier de la bande. « Ils sont venus me chercher pour un contrat de six mois. Finalement, je suis embauché pour toute la durée du programme, soit deux ans et demi ». Il ne regrette pas. « Cela me permet de voyager, c'est moins stressant que de travailler dans un restaurant classique et je peux faire ce que je veux ».
Pendant quinze jours, l'hôtel lui a mis à disposition ses fourneaux et son carnet d'adresses de fournisseurs. Tous les matins, de 6 h à 9 h, il s'active derrière ses casseroles. « Je prépare de la nourriture simple, mais diététique ». Une seule règle : « J'achète tous les produits de saison, tout ce qu'il a de plus frais ». Des légumes à gogo, des fruits en veux-tu en voilà, de la viande et bien entendu, du poisson. D'ailleurs, tous les soirs, chacun a droit à 300 g de viande ou de poisson, en plus des féculents, des salades et des fruits. Assurément, ils ne sont pas fainéants devant le buffet.