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article publié le 21 Août 2009

Algues vertes. Fillon prêt à payer

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La plage de Saint-Michel-en-Grève (22) a vu se réunir un contingent de ministres, hier, mené par François Fillon, venu annoncer officiellement que l'État paierait pour le nettoyage des plages victimes de la prolifération des algues vertes.

L'État paiera le nettoyage des plages bretonnes envahies par les algues vertes. C'est l'une des mesures annoncées, hier, par le Premier Ministre François Fillon sur la plage de Saint-Michel-en-Grève. Le Premier ministre est donc venu constater sur place la réalité des algues vertes en Bretagne. Enfin, pourrait-on dire, car le fléau ne date pas d'hier. Il aura fallu la mort fulgurante d'un cheval et le malaise de son cavalier, intoxiqués fin juillet par des dégagements d'hydrogène sulfuré émanant d'un amas d'algues en putréfaction, pour que les plus hautes autorités de l'État prennent le problème à bras-le-corps. Il aura fallu surtout les conclusions alarmistes du rapport officiel d'un organisme spécialisé, l'Ineris, prouvant formellement la dangerosité de ces algues, lorsqu'elles se décomposent, pour la santé. Les experts de l'Ineris soulignent ainsi que le principal composé mis en évidence, l'hydrogène sulfuré, est toxique par inhalation. Et ils relèvent que «à 1.000 ppm (partie par million), valeur qui a été relevée en certains points du site, ce gaz peut être mortel en quelques minutes». Cependant ces mêmes experts relativisent en ajoutant que le danger est associé à «une exposition significative».

Trois mesures-phares


François Fillon, qui était accompagné des ministres Bruno LeMaire (Agriculture) et Roselyne Bachelot (Santé), ainsi que de la secrétaire d'État à l'Écologie, Chantal Jouanno, s'est donc rendu sur les lieux de l'accident (désormais interdits au public) mais sans trop s'en approcher, ni trop s'y attarder. Le Premier ministre a donc promis que l'État «prendrait toutes ses responsabilités face à la prolifération des algues vertes sur le littoral». Son plan de bataille se décline en trois points. D'une part, l'État va prendre en charge le nettoyage des plages qui sont les plus touchées et «sur lesquelles il peut y avoir un risque de santé publique». Aujourd'hui, ce sont les collectivités qui paient la facture (Conseils généraux, communes et communautés de communes). Chaque année, il leur en coûte plus de 500.000 euros pour ramasser environ 60.000m³ d'algues fraîches sur les quelque soixante communes bretonnes concernées.

Ramasser les algues autrement


Le Premier ministre a également annoncé, sans plus de précisions, la mise en place d'une mission interministérielle qui, dans les trois mois, «devra bâtir un plan d'action pour lutter contre la prolifération des algues vertes et proposer des solutions efficaces de ramassage et de protection de la population». Enfin, François Fillon a indiqué qu'il existait un projet d'expérimentation du ramassage des algues à la fin de l'hiver, en mer. C'est l'une des propositions du Ceva (Centre d'études et de valorisation des algues de Pleubian, dans les Côtes-d'Armor), qui travaille depuis de longues années sur les différentes stratégies de ramassage. «Aujourd'hui, on ramasse des algues avec des bulldozers quand elles sont échouées en tas dans le haut des plages. L'idée, c'est de prélever les algues dans d'autres lieux, en particulier les zones favorables à leur croissance. Tout le problème est d'avoir les outils pour le faire», souligne Sylvain Ballu, coordinateur du programme Prolittoral au Ceva.


L'Elysée joue la diplomatie avec les agriculteurs


Pour le Premier ministre, il ne s'agissait pas seulement d'annoncer des mesures fortes, mais également d'apaiser les esprits des agriculteurs qui craignent de se voir attribuer le mauvais rôle.

Ramasser les algues et agir sur les nitrates : telle est la stratégie mise en avant, hier, par François Fillon. Même si l'agriculture et l'élevage intensif sont clairement désignés pour expliquer, en partie, le phénomène des marées vertes, le Premier ministre s'est bien gardé de stigmatiser les agriculteurs. «La question a été prise en compte par les agriculteurs bretons au prix d'efforts considérables», a-t-il souligné, soucieux de ne pas mettre de «l'huile sur le feu, surtout en cette période où quasiment toutes les productions sont en crise». Mais, il l'a répété, «il faut aller encore plus loin». «Nous avons pris avec les agriculteurs des engagements extrêmement précis de réduction considérable des intrants agricoles. Les objectifs seront tenus.»

Éviter de pointer du doigt


Le discours du Premier ministre a été parfaitement relayé par le nouveau ministre de l'Agriculture, qui venait en Bretagne pour la deuxième fois depuis le début de l'été. «Il faut éviter de montrer du doigt les agriculteurs. L'activité agricole est essentielle pour la Bretagne.» Selon Bruno Le Maire, la mise en oeuvre de nouvelles pratiques plus respectueuses de l'environnement ne se fera pas sans accompagnement financier. «Cette nouvelle mutation ne se fera pas aux frais des agriculteurs français. Ils n'en ont pas les moyens.»

«Nous ne sommes pas des voyous»


Message plutôt bien reçu par les élus de la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor. «Le monde agricole n'est plus à convaincre. Plus de 90% des agriculteurs sont investis dans la mise aux normes. Critiqués de toutes parts, nous n'acceptons plus d'être pris pour des voyous», ont lancé, très remontés, Jean-Noël Sidaner et Philippe Prigent, deux éleveurs costarmoricains.

Quant à André Pochon, il estime qu'on n'agira pas contre les algues vertes sans décaler les dates d'autorisation d'épandage de lisier, fixées au 15 janvier pour les céréales et au 15 février pour le maïs. C'est bien trop tôt, selon lui, car les plantes n'ont pas besoin d'azote à cette époque et tout ce qui n'est pas capté par la plante s'échappe vers les rivières. «C'est une aberration énorme», se fâche ce producteur de lait à la retraite, ennemi de l'agriculture intensive.


«L'État a enfin pris conscience du problème »


Enfin ! L'État a pris conscience du problème représenté par les algues vertes en Bretagne. C'était le sentiment général des élus et associations, hier, sur la plage de Saint-Michel.

René Ropartz, maire de Saint-Michel-en-Grève, est le premier à souligner «le geste fort» que représente la venue de François Fillon dans sa commune. «C'est une réponse à l'attente de la population que l'État fasse quelque chose. Il n'y a que l'État qui puisse agir sur tous les leviers.»

Place à l'action


René Ropartz se dit «persuadé» que les choses vont avancer. «On ne veut plus entendre parler d'études. Cette fois, on nous parle d'un plan d'action.» «Enfin, l'État reconnaît que les algues vertes sont toxiques. Cela fait dix ans que nous le disons. Notre travail d'information est reconnu au plus haut niveau», réagit Yves-Marie Le Lay, président de la fédération d'associations Sauvegarde du Trégor.

Oui à l'expérimentation


Pour Georgette Bréard, vice-présidente du Conseil régional, c'est le courrier adressé par Jean-Yves Le Drian au Premier ministre qui a fait bouger les choses. «Certaines de nos demandes ont été prises en compte, comme l'expérimentation. Nous allons expérimenter des actions concrètes pour favoriser des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement. Le Conseil régional sera présent, dans les actions et l'accompagnement financier.» Mais la Région demandait plus encore: un transfert à son profit de la compétence de l'eau en Bretagne. «Que l'État prenne en charge le ramassage est une avancée positive», estime Joël Le Jeune, maire de Trédrez-Locquémeau, l'une des quatre communes concernées par les marées vertes en baie de Lannion. «À nous de définir quels moyens de ramassage nous voulons mettre en oeuvre. Aujourd'hui, nos moyens sont insuffisants.» Mais ces avancées lui permettront-elles de lever l'interdiction d'accès à une partie du rivage, qu'il avait prise, après le décès du cheval à Saint-Michel? «Je vais voir. Nous avons aussi besoin d'harmoniser nos manières d'informer les gens et d'assurer la sécurité.» L'idée d'un ramassage des algues en mer et en hiver laisse sceptique Monique Le Clézio, vice-présidente du Conseil général. «Le Conseil général l'a déjà testé, il faut beaucoup de temps pour enlever de petits volumes. Ce ne peut pas être une piste à long terme.»

Des moyens demandés


Comme les autres élus, elle plaide pour de nouvelles pratiques agricoles. «Il faut que l'État donne des moyens pour les mesures agri-environnementales.» «Ici, comme l'a dit le tribunal administratif, les marées vertes se déclenchent avec des concentrations de nitrates entre 5 et 10mg/l, ajoute Yves-Marie Le Lay. On ne peut pas garder le maïs et l'agriculture hors-sol. Si l'expérimentation, c'est l'agriculture biologique et les systèmes herbagers, je dis chiche !»
 
Frédérique Le Gall/Jean-Luc Le Roux - Le Télégramme (Photo Claude Prigent)