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article publié le 20 Août 2009

Algues vertes. Attention, danger !

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Les algues vertes en putréfaction représentent un danger pour la santé humaine. C'est ce qu'a confirmé, hier, le rapport commandé par le gouvernement et que commentera, ce matin, le Premier ministre, en déplacement dans les Côtes-d'Armor.

Les résultats sont suffisamment inquiétants pour que le Premier ministre interrompe ses vacances et organise un déplacement en urgence en baie de Lannion. Hier matin, les chercheurs de l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) ont fait parvenir au ministère de l'Écologie le rapport de l'étude de toxicité - commandée la semaine passée - sur les alguesvertes. Des données immédiatement transmises au cabinet de François Fillon. Selon le site internet du Figaro, l'étude révèle que les taux d'hydrogène sulfuré (H2S) relevés juste au-dessus des tas d'algues en décomposition flirtent avec les 1.000 ppm (particules par million). Un chiffre à mettre en rapport avec un précédent rapport de l'Ineris datant de 2000. D'après l'institut, lorsque le taux d'H2S dans l'air est mesuré à 668ppm, le seuil létal est atteint au bout de dix minutes. Pour la même durée, le seuil d'effets irréversibles est, lui, fixé à 150 ppm. Et en cas d'efforts, et donc d'hyperventilation, la dose de toxiques inhalée est multipliée par dix.

Les algues ramassées quotidiennement


Ce matin, François Fillon devrait relativiser ces données pour rassurer la population. Car dans l'air, l'hydrogène sulfuré est extrêmement volatil. Et les mesures ont été prises au ras du sol. De plus, depuis deux ans, sur des communes comme Saint-Michel-en-Grève ou Hillion, le ramassage des algues a été intensifié et se fait du lundi au vendredi. Seules quelques zones difficilement accessibles ne sont pas nettoyées. Enfin, à ce jour, les alguesvertes n'ont officiellement tué aucun être humain.

Un an pour reconnaître la mort des chiens


Reste qu'un cheval est mort sur la plage de Saint-Michel-en-Grève le 28 juillet dernier. Et un an plus tôt, à Hillion, à la Granville, les corps de deux chiens avaient été retrouvés dans des tas d'algues vertes en putréfaction. À l'époque, la préfecture des Côtes-d'Armor refusait d'établir le lien entre les algues et la mort des chiens. Il y a dix jours, les services de l'État se sont rendus à l'évidence. Pourtant, dès septembre 2008, grâce à une étude du Ceva (Centre de valorisation des algues), tout le monde savait que le taux d'hydrogène sulfuré au-dessus des algues en putréfaction était supérieur à 500 ppm. Hier, Chantal Jouanno, la secrétaire d'État à l'Écologie, indiquait que «des mesures d'urgence» étaient à prendre pour traiter le phénomène, notamment interdire l'accès aux plages. Les associations de défense de l'environnement espèrent surtout, de leur côté, que les plages envahies par les algues ne seront pas fermées et transformées en déchetterie.


«L'État doit nous aider à nous relever»


L'aspect sanitaire les intéresse. Forcément. Mais ce qu'élus locaux et militants associatifs attendent du Premier ministre, ce sont aussi des mesures pour lutter contre les algues. Et des aides financières.

Oubliée, Yvette Dorée. Le maire d'Hillion, la commune la plus touchée par les alguesvertes, ne faisait initialement pas partie des personnes invitées à discuter avec le Premier ministre. Mais à force de «persévérance», l'élue a réussi à forcer le passage, hier après-midi. Elle sera donc avec François Fillon ce matin. Et son message est des plus clairs: «Aujourd'hui, il faut absolument aider les agriculteurs à produire différemment. Nous ne pouvons pas faire autrement» (*). Premier adjoint au maire de Saint-Michel-en-Grève, René Rochette ne dit pas autre chose. «Le gouvernement doit obliger à passer au bio les agriculteurs installés autour des bassins versants alimentant les rivières qui se jettent en baie de Lannion. Ou au moins les contraindre à produire moins de nitrates». Président de la chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor, OlivierAllain adhère, en partie, au discours. «Devenir agriculteur biologique, c'est très dur. Et il faut de la motivation. Mais il y a un vent porteur en ce moment. Et à compter du 1erjanvier 2010, des mesures incitatives pour passer à l'agriculture biologique (de 90 à 100 € de plus par hectare) vont être mises en place».

Commune sinistrée depuis quarante ans


Face à François Fillon, le responsable agricole va également militer pour un traitement du problème des algues en amont. «Il faut intervenir en hiver, lorsqu'elles sont au stade microscopique.» En plus de ces mesures préventives, les élus vont également réclamer des mesures curatives ce jeudi. «Puisque la situation est exceptionnelle, nous voulons des mesures exceptionnelles. Cela fait quarante ans que la commune est sinistrée. L'État doit nous aider à nous relever», exige René Rochette. Les municipalités concernées par le ramassage des algues attendent notamment que l'État participe financièrement à cette tâche. «Aujourd'hui, c'est le Conseil général et les communautés de communes qui payent», rappelle Yvette Dorée.

Marées vertes et marées noires


Pour Michel Guillemot, le président de l'association Halte aux marées vertes, une telle mesure relève de l'évidence. «Lorsqu'il y a une marée noire, le gouvernement déploie des moyens considérables pour nettoyer. Ce devrait être pareil avec nos marées vertes». Même s'il n'attend pas grand-chose de la venue du Premier ministre, le responsable associatif espère au moins une mesure symbolique: «François Fillon doit annoncer que l'État retire son appel à la suite du procès perdu face à quatre associations de défense de l'environnement». Un procès au terme duquel la France avait été déclarée, en 2007, responsable de la prolifération des alguesvertes.

* Le Conseil général des Côtes-d'Armor a appelé, hier, l'État à une «aide financière» pour les agriculteurs ayant changé leurs pratiques et à la mise en place d'une «réglementation adaptée».
    

Une odeur d'oeuf pourri


L'hydrogène sulfuré, ou sulfure d'hydrogène (H2S), est constitué de soufre et d'hydrogène. Olfactivement, on le repère aisément à l'odeur d'oeuf pourri qu'il dégage. Présent naturellement dans le pétrole ou le gaz naturel, il peut résulter de la décomposition bactérienne de la matière organique et est également produit par les déchets humains et animaux. Il peut également provenir des activités industrielles, telles que la transformation des produits alimentaires, du traitement des eaux usées, des hauts-fourneaux, des papeteries, des tanneries et des raffineries de pétrole. Concernant les alguesvertes, ces dernières, lorsqu'elles entrent en décomposition, se recouvrent d'une croûte blanche qui, si elle est percée, dégage alors de l'hydrogène sulfuré.
 
 
Julien Vaillant - Le Télégramme (Photo Claude Prigent)