Avec plus d'un an de retard par rapport au calendrier initial, le chantier naval Arcoa sort de terre sur le port de pêche de Keroman. Les yachts de luxe côtoieront bientôt les chalutiers sur l'ère de réparation navale.
Le projet a subi de substantiels changements, par rapport à ce qu'annonçait son P-DG Philippe Guglielmetti en janvier 2007. Mais cette fois, c'est fait, le bâtiment où seront bientôt assemblés les yachts de luxe du chantier naval Arcoa, sort de terre autour de l'anneau de réparation navale de Keroman. Le terrassement est terminé et les pieux des fondations seront fixés début octobre.
Des commandes après-coup
En mars 2009, date de la livraison du bâtiment, démarrera la production de yachts de plus de 15 mètres. « Quand on a lancé l'idée de nous installer à Lorient pour construire de grandes unités, nous n'avions pas de commandes », reconnaît a posteriori Philippe Guglielmetti. « Le fait de lancer le projet lorientais nous a fourni l'outil et nous a crédibilisés auprès de nos clients. Depuis on a signé pour quatre bateaux de plus de 15 mètres ». Gonflé le P-DG d'Arcoa, qui a commencé sa carrière d'entrepreneur dans la bulle Internet des années 90, avant de racheter les chantiers ACM, dépositaires de la marque Arcoa, installés à Colombelle en Normandie. Le 18 janvier 2007, il présentait son projet d'implantation lorientais. Il déclarait « espérer produire des yachts de 28 à 30 mètres dans les deux ans. » Au bout du compte, des bateaux de 16 et 18 mètres seront assemblés à Lorient, tandis que les moules seront fabriqués à Colombelle. « Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait de la demande pour les unités de moins de 24 mètres, qui n'ont pas besoin de capitaine pour naviguer. Nous atteignons nos objectifs initiaux en produisant davantage d'unités de 16 à 18 mètres. Mais nous préparons un bateau de 20 mètres. Il devrait être assemblé dans une deuxième tranche du bâtiment. » La construction de ce dernier sera lancée quand le portefeuille de commandes aura atteint 15 M€. Un laps de temps que le P-DG d'Arcoa estime à 18 mois, après la livraison du premier bâtiment.
Optimisme à contre-courant
Son optimisme, à contre-courant des inquiétudes autour de la situation économique actuelle, est basé sur la progression du portefeuille de commandes d'Arcoa. En 2006, date de la décision de l'implantation lorientaise, ce portefeuille était de 1,4 M€. En 2007, de 2,9 M€. Et aujourd'hui, au lendemain du salon de Cannes qui vient tout juste de fermer ses portes, Arcoa a engrangé 6,4 M€ de commandes fermes. Inclus, les quatre bateaux de 18 mètres.
Retard
Un optimisme même pas ébranlé par le retard pris dans le montage financier de la première tranche - un investissement de 3,10 M€ - sur lequel le PDG revient volontiers. « Nous avons eu un exercice déficitaire, dû aux difficultés rencontrées pour produire notre bateau de 18 m, dans notre chantier de Colombelle pas prévu pour ça. Nous avons perdu du temps, donc de l'argent. Il nous a fallu reconstituer nos fonds propres, pour boucler le pool bancaire fin juin. À cela s'est ajoutée la crise des subprimes. Le soutien de Cap l'Orient, du Département et de la Région a été très important. Tout le monde a poussé dans le même sens », conclut-il.
La crise ? Quelle crise ?
La petite entreprise Arcoa ne connaît pas la crise. C'est du moins son P-DG qui l'affirme. La crise financière et les incertitudes sur l'économie mondiale qui en découlent, ne coupent pas l'envie aux gens fortunés de naviguer sur des symboles de leur réussite sociale. L'industrie du nautisme commence à marquer le pas. Pas celle de la navigation de luxe.
Importateur asiatique
« Nous fabriquons des bateaux sur mesure et nous offrons maintenant une gamme complète de bateaux entre 12 et 18 mètres », explique Philippe Guglielmetti. « Notre clientèle est européenne, issue de grandes familles, peu sensibles à la crise. Ce ne sont pas des gens qui ont des fortunes énormes. Ils ont un patrimoine autour de 200 M€ d'euros, qui leur permet d'acheter nos bateaux qui coûtent entre 500.000 et 2M€ ». Selon son P-DG, Arcoa vient de signer un contrat avec un importateur, qui proposera les bateaux de la marque en Corée, au Japon et en Chine. Ce qui, toujours selon son P-DG, conforte sa position. Le chantier naval vient de boucler le salon du yacht de Cannes, où le « taux de contact » avec des clients italiens où russes était supérieur aux éditions précédentes, ont noté les acheteurs.
Marché de l'occasion tendu
« On sent tout de même que le marché est plus tendu au niveau de l'occasion », concède Philippe Guglielmetti. « Sur le salon de Cannes, nous sommes restés très prudents, en refusant de reprendre leurs bateaux à des clients qui souhaitaient en acquérir un de notre marque. Nous reprenons seulement des bateaux Arcoa, que nous reconditionnons pour les remettre sur le marché. Ça nous permet de fidéliser notre clientèle ». Pour le P-DG d'Arcoa, l'implantation lorientaise crédibilise le chantier. L'environnement d'entreprises travaillant sur des bateaux de pêche, ou de servitude est un gage de sérieux auprès de la clientèle de luxe. On risque de voir bientôt sur l'anneau de Keroman, des foulards Hermès se mêler aux bleus de travail.
En bref
Le bâtiment : 2.600 m² pour le premier bâtiment, avec une hauteur de 17 mètres pour permettre l'assemblage des Mystics 60 qui mesurent 18 mètres.
L'investissement : 3,10 M€ pour la première tranche du bâtiment ; 2,5 M€ pour la deuxième.
L'emploi : Fin août 2009, les prévisions tablent sur 30 personnes employées à Lorient. Des ébénistes, des mécaniciens, des électroniciens, des monteurs-carristes, des accastilleurs et des plombiers. Fin août 2010, 70 personnes. Si l'évolution du portefeuille de commande se poursuit, Arcoa prévoit d'employer 170 personnes, même s'il convient d'être prudent, en matière de prévision d'emplois.
Siège social : le siège social et les services financiers seront installés à Paris. Arcoa est en train de chercher des locaux.
Colombelle : le chantier historique d'Arcoa en Normandie continuera de construire les moules et fabriquer les pièces en composite de toutes les unités. Elles seront acheminées par la route. Il continuera à construire les unités de moins de 15 mètres.
Salons : Arcoa sera présent aux salons de yachts de luxe de Londres, Dusseldorf, Moscou, Dubaï.